Un sourire, un bonjour, un merci, un geste sympa, à croire que tous ces petits soleils ont déserté la France. Heureusement, il suffit de passer le Channel pour se rassurer : ils existent toujours quelque part.

 

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Au risque de bassiner, il y a quand même du sacrément bon à prendre Outre Manche. De bonnes petites leçons qui remettent d’aplomb.

Quelques mois après notre installation en Angleterre, on m’a beaucoup demandé ce qui nous manquait de la France. Réponse : Ben, pas grand chose, il y a tout ce qu’il faut, il suffit, pour les demandes spéciales, d’y mettre le prix ou de venir s’approvisionner à la source.

Alors je retourne le compliment : de retour en France, que nous manque t-il de l’Angleterre ? Pas besoin de réfléchir trois heures. Ce qui nous manque ? La courtoisie, la politesse, la petite attention portée à l’autre. Surprenantes valeurs dans une société extrêmement matérialiste où l’apparence et le fric sont rois. Nos amis bristish expieraient-ils ces travers par une belle relation à l’autre ?

Depuis que je suis rentré au bercail, je suis scotché par l’indifférence que nous, Français, affichons les uns envers les autres. Dans la rue, dans les magasins, je croise des dizaines de gens chaque jour. Pas un bonjour, pas un sourire, pas un regard. La gueule ! En France, tout le monde fait et se fait la gueule.

En Angleterre, croisez un quidam dans la rue, il vous lancera un cordial “good morning“ (si c’est le matin, évidemment). Tout au moins vous fera t-il comprendre par un regard, un sourire, qu'il a pris connaissance de votre présence dans son environnement et que vous y êtes le bien venu. Au début, on se sent tout ballot à bredouiller à la hâte un retour à cette politesse inattendue. Mais le pli se prend vite tant c’est l’évidence.

On peut concevoir qu’on n’a pas forcément envie, tout le temps, de lancer des “bonjour“ gratuits à des inconnus. Question de circonstances, de dispositions, de conjoncture. Mais quand l'indifférence et la tronche deviennent une marque de fabrique, là ça devient inquiétant. C’est peut-être aussi pour cela que les étrangers trouvent les Français si arrogants.

C’est au volant que notre rustrerie prend toute sa dimension. Intersidérale ! Quelques mois après mon retour dans l’hexagone je ne m’y suis toujours pas fait.

En Albion, au pays de la bagnole reine, la courtoisie au volant est un genre de seconde nature. Que deux voitures se croisent dans une rue étroite ou sur une petite route de campagne, le premier conducteur qui en a la possibilité se range et laisse passer l’autre qui le remercie d’un petit geste ou d’un appel de phares, auquel le premier répond. Ça a l’air de rien, mais ça change tout.

En France, nous sommes indigents avec ce genre de petites attentions. Sévèrement handicapés de la courtoisie. L’autre me laisse passer, c’est normal et je ne lui dois rien. Et si je peux le niquer à passer à sa place, je ne m’en prive surtout pas. Le con, il n'avait qu’à être plus réactif. Et ça se prolonge avec des noms d’oiseaux et des gestes qui en disent long sur l’agressivité congénitale des Français au volant.

Arrêtez vous pour laissez passer un piéton dans ou en dehors des clous, il file droit, les yeux rivés sur le trottoir d'en face. Pas besoin d’exprimer quoi que ce soit puisque le passage lui était dû. Chez nos amis rosbeefs, l’homme pressé ou la femme accrochée à ses sacs auront, dans la très grande majorité des cas, un petit geste, un sourire sympa pour vous remercier de ce partage intelligent de l’espace public.

Autant de petits soleils qui embellissent la vie.

Pas la peine d’attendre la journée nationale de la courtoisie pour s’y mettre. Regardez comme ce serait agréable si ça se passait tous les jours comme ça… Mais sans l'aide de la maréchaussée.